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Crédit photo: Ken Teegardin (Flickr)

Les obligations vertes ont été émises en premier lieu en 2008 par la Banque mondiale, et ont connu une forte croissance, que les analystes voient se poursuivre à l’avenir. La croissance de ce marché sera alimentée par la demande, les projets respectueux de l'environnement et l'adoption de l'Accord de Paris sur le changement climatique en décembre dernier.

La nature des obligations vertes ne diffère pas de celle des autres obligations. Les deux catégories de titres offrent un rendement prévisible aux investisseurs sous la forme d'un coupon, en échange du financement à moyen et long termes d’activités économiques. Par définition, la mission d'une obligation verte est de financer des projets qui produisent des bénéfices environnementaux, ce qui nécessite une méthode crédible d'évaluation pour la durée de l'investissement.

Les conditions nécessaires pour assurer la crédibilité des obligations vertes sont cependant encore en cours de définition. Une mauvaise utilisation des recettes peut endommager les réputations, sinon le marché lui-même. C’est pour cette raison que les investisseurs réclament des normes transparentes et solides pour le monde de l’investissement.

Toutefois, alors qu'il reste des points d'interrogation et des problèmes à résoudre, l'avenir des obligations vertes est prometteur. Le chemin tracé par les plans nationaux comprenant des mesures climatiques qui soutiennent l'Accord de Paris devrait accélérer les investissements des gouvernements et des entreprises dans des projets de grande échelle respectueux du climat dont les rendements sont connus, fournissant ainsi un terrain fertile à l’émission de davantage d’obligations vertes.

Un nouveau tournant

Les obligations sont utilisées par les sociétés et organisations pour emprunter de l'argent à des taux moins élevés que les prêts bancaires. Une fois dénommées vertes, leurs recettes stimulent l'énergie renouvelable, l'efficacité énergétique, la durabilité, la biodiversité et les infrastructures propres.

Les investisseurs institutionnels achètent ces obligations pour augmenter leur exposition aux actifs verts et diversifier leurs portefeuilles. SEB, une banque suédoise, indique que plus de 250 institutions ont au moins une obligation verte dans leurs portefeuilles à ce jour.

La croissance du marché est indéniable. En 2002, une valeur de seulement 3 milliards de dollars des États-Unis d'obligations a été vendue. Entre 2013 et 2014, la taille du marché a triplé pour atteindre 36,6 milliards de dollars selon l'Initiative pour des obligations climatiques (CBI, selon le sigle en anglais).

L’agence de notation de crédit Moody’s prévoit que les ventes dépasseront 50 milliards de dollars cette année, comparativement à 42 milliards en 2015. La banque HSBC est encore plus optimiste, et anticipe une augmentation qui atteindra 55 milliards de dollars, voire jusqu’à 80 milliards. L'encours total des obligations vertes augmenterait pour atteindre une fourchette comprise entre 133 et 158 milliards de dollars.

Les défis et opportunités sont mis en évidence par le fait que ces chiffres ne représentent que 0,06% du marché obligataire mondial, qui avait une valeur d’environ 87 billions de dollars à la fin du troisième trimestre de 2015 selon la Banque des règlements internationaux.

Green Bonds 1Le transport et l'énergie dominent les émissions (Source: Initiative pour des obligations climatiques)

Nouveaux émetteurs

Jusqu’en 2012, l'émission des obligations vertes a été largement dominée par les banques multilatérales et la Banque mondiale. Mais deux ans plus tard, un tiers des émissions a été émis par les entreprises des secteurs de l'énergie, des services publics, des biens de consommation et de l'immobilier, d’après le rapport Gearing Up for Green Bonds publié par la société de services de vérification, de fiscalité et de conseil KPMG.

Les banques nationales de développement se joignent aussi au marché. En janvier, la Chine a approuvé deux obligations d'une valeur de 15,2 milliards de dollars de la Banque industrielle de Chine et de la Banque de développement de Shanghai Pudong.

Le secteur public a également sauté dans la mêlée. Les États et les gouvernements locaux aux États-Unis ont émis 7,5 milliards de dollars d’obligations vertes depuis 2010, selon les données de Bloomberg.

En février, la Metropolitan Transportation Authority de New York (MTA, selon le sigle en anglais) a émis 500 millions de dollars d’obligations vertes pour financer le renouvellement et la mise à niveau de ses infrastructures. La MTA a également lancé une campagne publicitaire ciblée pour vendre des obligations aux New-Yorkais.

Dans le même temps, dans le secteur des entreprises, Apple a fait son entrée sur le marché en février avec l'émission d’un milliard et demi de dollars d’obligations vertes pour lancer des projets d'énergie propre. Le fabricant d’appareils mobiles fait de ces titres partie intégrante de sa stratégie environnementale et pousse ses fournisseurs à consommer de l'énergie propre.

Pour sa part, HSBC s’est engagée à investir un milliard de dollars dans un portefeuille d'obligations vertes, sociales et développementales axé sur les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, les transports propres, l'adaptation au changement climatique et les secteurs connexes.

Toyota a été le premier constructeur automobile à émettre une obligation verte en 2014. En juin 2015, la société japonaise a vendu plus de 1,2 milliard de dollars de titres.

L’échelle grandissante de l’intérêt dans les obligations vertes, du secteur bancaire multilatéral au secteur bancaire national et privé, des villes et territoires aux entreprises, a ainsi établi une plate-forme solide pour une croissance future.

Green Bonds graph 2Répartition géographique des émissions (Source: Initiative pour des obligations climatiques)

Un outil pour mettre en œuvre l’Accord de Paris

Mais le marché des obligations vertes n’est pas seulement en développement, il constitue aussi un outil de mise en œuvre de l'Accord de Paris, indique Andrew Whiley, responsable de la communication à l'Initiative pour des obligations climatiques.

M. Whiley prévoit que ces titres feront l’objet de discussions lors de la COP22, la prochaine conférence de l'ONU sur les changements climatiques qui aura lieu au Maroc en novembre. Les pays ont besoin d'instruments financiers de grande envergure pour financer le développement durable, parvenir à une culmination et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

« Le lien entre les obligations et la finance climatique n'a pas toujours été aussi évident qu’aujourd’hui. Elles avaient un rôle marginal à jouer, mais n’étaient pas aussi répandues. Elles constituaient une niche dans le passé, mais a eu lieu une prise de conscience que les obligations vertes pouvaient devenir un moyen important de conversion des INDC en action climatique », a-t-il déclaré.

Michael Ridley, Directeur de la section obligations vertes et crédit d'entreprise chez HSBC, convient de l'impact de l'accord. « Les succès des négociations sur le changement climatique à Paris en décembre dernier devraient inciter les agences, les banques et les entreprises à identifier d'autres projets verts nécessitant du financement. »

M. Ridley signale aussi que la communauté financière s’est adaptée au concept. « L’agence de notation de crédit Moody’s commence à évaluer les nouvelles obligations vertes. Cela devrait stimuler l'émission d’obligations vertes au deuxième semestre 2016, en particulier chez les émetteurs et les clients américains. De nombreuses institutions américaines ne connaissent pas ou peu les organisations européennes qui fournissent actuellement des avis indépendants et des services de vérification. »

Tous les investisseurs comprendront-ils l’objectif et y participeront-ils ?

Andrew Whiley estime que la MTA de New York fournit un bon exemple d’activités quotidiennes concrètes. Après tout, plus de 8,5 millions de personnes voyagent sur son réseau à chaque jour, évitant ainsi des émissions. «Les gens n’ont pas besoin d’être des experts pour mettre de l'argent dans ces obligations. C’est un investissement sûr et les gens peuvent comprendre [le développement des transports publics]. »

Définir ce qui est vert

La collecte de fonds avec des obligations vertes va toutefois de pair avec des attaches environnementales. Les projets financés par les obligations seront examinés. Seront-ils être suffisamment verts pour éviter les allégations de greenwashing?

Voilà pourquoi deux séries de normes définissent actuellement les obligations vertes.

Les Principes pour les obligations vertes ont été adoptés par 50 grands émetteurs, assureurs et investisseurs. Ils établissent des critères de divulgation et les domaines où l'argent peut être investi. Un consultant externe peut fournir une deuxième opinion sur la structure de l’obligation et les projets financés.

Les Nations Unies appuient aussi les obligations vertes qui aident à refinancer des projets du Mécanisme de développement propre (MDP) à des coûts d'intérêt plus bas. Les obligations donnent aux investisseurs l'accès à des projets bas carbone vérifiés dans les pays en développement. Le mécanisme a canalisé plus de 138 milliards de dollars de flux financiers dans des projets climatiques.

Les Normes des obligations climatiques, pour leur part, ont été mis en avant par l'Initiative pour des obligations climatiques. Elles proposent un modèle qui inclut actuellement le solaire, l’éolien, les bâtiments bas carbone et les transports. Elles rendent obligatoire la garantie des professionnels d’audit indépendants. Les rapports doivent être soumis au Conseil des Normes.

Mais KPMG estime que la mécanique ces normes peut encore être affinée, et compare le marché privé des obligations vertes au «Far West». Des réputations sont en jeu. Les émetteurs ont-ils des activités principales non durables ? Les projets présentent-ils des bénéfices environnementaux, le cas échéant?

« Des critères normalisés sur ce qui rend une obligation verte sont cruciaux pour la crédibilité future du marché, explique Wim Bartels, responsable mondial des rapports sur la durabilité et l’assurance chez KPMG. Si un trop grand nombre d'émetteurs voient la certification écologique de leurs obligations questionnée, la croissance du marché pourrait être affectée par le découragement des futurs investisseurs et des émetteurs. »

KPMG compte sur la publication des rapports annuels de plusieurs émetteurs, où les résultats de leurs investissements sont divulgués. Ils doivent prouver que des bénéfices environnementaux ont été réalisés.

« Entre-temps, ajoute M. Bartels, mon conseil aux émetteurs est de n'émettre que des obligations vertes qui répondent aux critères éprouvés, qui évitent une amélioration de l'efficacité environnementale inférieure à celle du marché, qui soient étroitement liées aux grands défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés, tels que le changement climatique et la rareté de l’eau, et ne financent pas de projets controversés. »

S'il y a des risques à prendre en compte, les obligations vertes sont un ajout bienvenu au financement climatique et deviennent un véritable véhicule sur la route d’une économie bas carbone.

Crédit photo: Ken Teegardin (Flickr)

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