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Crédit photo: UNFCCC

Solaire, photovoltaïque ou thermodynamique à concentration, éolien terrestre ou maritime, hydroélectricité, géothermie : la baisse spectaculaire du coût de production des énergies renouvelables, conjuguée à la demande grandissante des entreprises de s'en doter, a de quoi mettre du baume au cœur de ceux qui désespéraient de l'avenir. Qu'il s'agisse de la question énergétique, de la pollution des océans ou des transports, chacune des rencontres de L'Action climatique mondiale organisées à Marrakech montre à quel point autant le secteur privé que les grandes organisations professionnelles ont désormais non seulement pris la mesure du réchauffement climatique au sérieux mais ont également commencé à élaborer des réponses industrielles.

Énergie : l’accélération. « Si vous pouvez faire voler un avion avec de l’énergie solaire, cela signifie que vous pouvez absolument tout faire avec les énergies renouvelables. » La phrase de Bertrand Piccard, Président de la fondation Solar Impulse, a donné le ton de la journée de l’Action climatique mondiale sur l’énergie à Marrakech. C’est sans aucun doute dans ce domaine que la mutation pourrait être la plus rapide. Comme l’a montré le dernier rapport de l’Irena, l'Agence internationale des énergies renouvelables, multiplier par deux la part de ces sources d'énergies d’ici 2030 pourrait réduire de moitié les émissions de carbone mondiales. Articulé aux politiques d’efficacité énergétique, un tel boom pourrait contenir le réchauffement à 2°C. Pour accompagner cette dynamique, les investissements dans le secteur devront eux aussi doubler et atteindre 500 milliards de dollars par an d’ici à 2020.

Deux dynamiques transformationnelles.C’est donc un nouveau monde qui se prépare à jaillir de terre, emmené à grande vitesse par deux dynamiques parallèles. D’un côté, la baisse spectaculaire du coût des énergies renouvelables. D’après l'Irena, d'ici 2025, les coûts moyens de l'électricité produite pourraient baisser de 59% pour le solaire photovoltaïque, de 43% pour le solaire thermodynamique à concentration, de 39% pour l'éolien en mer, et de 26% pour l'éolien terrestre. « La baisse des coûts du solaire est extrêmement rapide, a confirmé Renato Domith Godinho, responsable de la division des énergies renouvelables au Ministère des Affaires étrangères brésilien, Nous devons suivre toutes les pistes d'énergies renouvelables en même temps pour avoir un impact maximum sur tous les fronts. Il n'y a pas de temps à perdre. » L’autre dynamique vient des entreprises : dans de très nombreux secteurs d’activité, de Facebook à Dalmia Cement, elles veulent désormais dans leurs murs et pour leurs lignes de production une électricité issue des énergies renouvelables. Comme l’a signalé Rachel Kyte, Déléguée spéciale sur la question climatique du secrétaire général de la Banque mondiale : « Le secteur privé représente la moitié de la consommation mondiale d'électricité et si nous voulons faire des progrès significatifs, la façon dont les entreprises se comportent est un facteur véritablement déterminant. » Annoncée à la COP 22, la toute nouvelle Alliance des acheteurs d'énergies renouvelables (REBA) veut justement faire le pont entre les entreprises et les fournisseurs d'énergies renouvelables.

100% zéro carbone. Les coalitions commencent à porter leurs fruits. Lancée en 2014 à New York à l’occasion du Sommet du Climat organisée par l’Onu, l’initiative RE100 s'est ainsi étoffée à Marrakech. Elle vise à impliquer, soutenir et promouvoir les grandes entreprises qui s’engagent à utiliser à 100% les énergies renouvelables, qu’il s’agisse de biomasse, de biogaz, de géothermie, ou d’énergie solaire, éolienne et marémotrice. Les groupes Dalmia Cement et Helvetia ont ainsi annoncé qu'ils utiliseraient désormais 100% d'énergies renouvelables dans leurs secteurs d’opérations. Le cimentier Indien et le spécialiste suisse des déchets s’engagent également à rejoindre RE100. De son côté, le réassureur Swiss Re a décidé de doubler son efficacité énergétique et de se joindre à EP100, qui travaille avec les entreprises afin de maximiser les bénéfices économiques de chaque unité d'énergie qu’elles consomment.

Une demande gigantesque. Ce nouvel élan suscite deux questions clés : comment mieux stocker les énergies renouvelables qui sont des énergies intermittentes et comment répondre à la demande colossale qui s’annonce ? Alors que l'électricité compte pour 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) prévoit une hausse importante de la demande d'ici 2040. 1,1 milliard de personnes à travers le monde n'ont pas accès, ou un accès encore limité à l'électricité. « La plupart d’entre elles se trouvent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. « Dans ces deux régions, nous observons des innovations extraordinaires, de nouvelles façons de travailler par le secteur privé et le secteur financier car le prix des énergies renouvelables a plongé », a expliqué Rachel Kyte. Lancée il y a un an, l'Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI) qui vise à permettre l'installation d'une capacité énergétique renouvelable à grande échelle sur le continent africain, a présenté les progrès réalisés depuis un an, notamment en matière de financement. Dix bailleurs de fonds ont promis de mobiliser 10 milliards de dollars.

Le mot des championnes.

Hakima el Haité, Ministre de l’Environnement du Maroc: « L’accès à l’énergie est crucial en particulier en Afrique. Ce n’est pas seulement une affaire d’éclairage, c’est une affaire de droits de l’Homme, de droit au développement. C'est à la fois le secteur qui permettra d'avoir le plus grand impact sur les émissions de CO2 et celui qui donnera de la stabilité au monde. Cette journée de l’énergie est une journée de la Dignité. » 


 

Océans : une première. Le monde du silence a enfin une voix dans l’arène climatique : inscription à l’Agenda de l’action des Championnes pour le Climat, reconnaissance dans l’objectif numéro 14 du développement durable des Nations Unies qui nous rappelle ceci avec sagesse : « Les océans du monde – leur température, leur composition chimique, leurs courants et leur vie sont à la source des systèmes mondiaux qui rendent la Terre habitable par l’Homme. » Pour que notre monde reste habitable, il est essentiel de rappeler, comme l’a fait la Princesse Lalla Hasnaa, Présidente de la Fondation Mohammed VI pour l’Environnement, que « l’océan produit 50% de notre oxygène, qu’il absorbe 25% du Co2 émis par les activités humaines et 80% de l’excès de chaleur du aux émissions de CO2. » Or ce rôle de régulateur est de plus en plus menacé par la pollution issue des activités humaines. Les dégâts répertoriés sont considérables : destruction des écosystèmes marins, acidification des mers, disparition d’espèces, menace sur les stocks halieutiques alors que la pêche nourrit 12% de la population mondiale et que le poisson est le produit alimentaire le plus échangé au monde, sans parler de ce septième continent de plastiques qui dérive sur les eaux bleues et de l’érosion inéluctable des côtes. Comme l’a signalé Ségolène Royal, Présidente de la Cop21, « en Afrique de l’Ouest, certains pays ont perdu leurs plages en cinq ans. » Chaque année, 100 000 navires passent le Détroit de Gibraltar. « La navigation maritime émet autant de CO2 qu’un pays comme l’Allemagne. Il faut décarboniser le secteur d’ici la fin du siècle », a estimé quant à lui Edmund Hughes, chef du département Pollution de l'air et Efficacité énergétique de L'Organisation Maritime Internationale. Eric Banel, secrétaire général de l’Association française des Armateurs confirme que le secteur en a conscience : « Nous avons la volonté d’agir avec une feuille de route, des délais et des objectifs, en partenariat avec le gouvernement français. »

Cap sur la connaissance. En préalable à l’action, une analyse plus poussée de tous ces phénomènes s’impose. « La température des océans croit trop rapidement, a insisté Hrund Hafsteinsdottir, adjointe du négociateur en chef islandais pour le climat. Il faut prendre des décisions basées sur la science. » C’est pour cela que le Giec a décidé de consacrer en 2018 à l’océan une conférence scientifique internationale. Dans son dernier rapport un chapitre lui a déjà été consacré, mais il faut aller plus loin, notamment « pour aborder toutes les interactions qui s’y jouent, comme l’a souligné le Prince Albert II de Monaco. Cela suppose de mieux partager les données et de travailler de façon plus concertée sur les programmes conduits et les aires marines protégées. » Il faut dès maintenant améliorer le niveau de connaissance du sujet, comme l’a rappelé Edmund Hughes de L'Organisation Maritime Internationale : « Nous avons la responsabilité d’observer les océans pour repérer les parties les plus polluées. Les techniques de mesures sont difficiles. Nous devons établir un plan détaillé d’ici 2017 avec des solutions pour réduire les émissions. »

Une croissance bleue. L’océan est aussi une source de richesses, puisqu’il génère près de 3000 milliards de revenus annuels. Les mers sont nourricières. Elles sont porteuses de ressources considérables. La pêche fournit plus de recettes nettes aux pays en développement que le riz, le tabac, le café combinés. C’est également une ressource alimentaire majeure. « L’utilisation des ressources marines dans la croissance décarbonée demeure la grande ambition de ce siècle », a affirmé le Prince Albert II de Monaco. Dans de nombreux pays, des mesures spécifiques sont adoptées. Et le nombre d’aires marines protégées ne cesse d’augmenter. Avec l’éolien offshore et l’industrie hydrolienne, la mer devient un élément central de l’économie décarbonée. Il s'en est dit convaincu : « Le monde est prêt à inventer une nouvelle manière de vivre avec les mers. »

Le mot des championnes.

Laurence Tubiana, ambassadrice de France en charge des négociations climatiques :   « L’océan doit être au centre de l’action en faveur du climat. Les pays s’organisent pour mettre en place des plans d’action qui essaient de réduire les impacts négatifs et accroître la résilience des écosystèmes marins. Le rapport spécial du GIEC qui sortira sur ce sujet sera un outil précieux pour mieux comprendre les options qui s’offrent à nous. »


 

Transports : la mutation en route. Alors que le secteur est une source majeure d’émissions de CO2, la mobilisation perçue à Marrakech montre qu’il y a une voie possible, voire rentable, vers la décarbonisation du secteur. « Le domaine du transport doit arriver à zéro émissions nettes d’ici à 2060, a affirmé Patrick Oliva, directeur de la prospective et du développement durable de Michelin. Pour cela, il faut réconcilier trois univers : ceux des transports, de l’énergie et de la finance. » La convergence a visiblement commencé. Pas moins de quinze initiatives collectives et internationales ont été présentées à Marrakech. Elles recouvrent tous les modes de transport dans plus de 100 pays et visent à démontrer la rentabilité du passage à l’ère zéro carbone. « Les quinze initiatives de transport menées par des acteurs non étatiques, dont les progrès sont communiqués à Marrakech, ont une portée et une ampleur telles qu'ils sont en bonne voie pour déclencher une transformation d’envergure du secteur, comme l'exige l'Accord de Paris », a déclaré Ségolène Royal, ministre de l'Environnement, de l'énergie et des affaires maritimes, en charge des Relations internationales sur le climat de la France et Présidente de la Cop 21. Avec la nouvelle Association africaine pour un transport routier durable, le Maroc a également affiché son engagement sur le sujet. « Cette initiative permettra de partager les expériences, d’activer le développement d’autoroutes résilientes et intelligentes et le déploiement de la mobilité électrique au Maroc et au-delà », a déclaré Mohamed Boussaid, ministre des Transports du Maroc. Reste à décliner ces actions internationales au niveau des territoires et des villes. La difficulté, nommée par José Viegas, Secretaire général de l'ITF (International Transport Forum), « c’est que toutes ces initiatives globales ne sont pas encore perçues au plan local. »

Une macro-feuille de route mondiale. Autre innovation du secteur : le Partenariat pour des transports durables à faible intensité de carbone (SloCaT – qui rassemble des organisations internationales, des entreprises et des organisations non gouvernementales désireuses d’assurer la mutation des transports terrestres dans les pays en développement) a lancé une feuille de route mondiale pour la décarbonisation du secteur. « Celle-ci vise à mobiliser les acteurs publics et privés sur la façon de répondre à un besoin croissant de mobilité et de transports, tout en réduisant considérablement les émissions de gaz à effet de serre », a déclaré Cornie Huizenga, secrétaire général de SloCaT qui fut aussi cofondateur du Processus de Paris sur la mobilité et le climat (PPMC). Il faudra pour atteindre les 2°C, au moins 20% de véhicules électriques sur les routes d’ici 2030.

Réorganisation et innovation. Route, rail, avion, bateaux, véhicules automobiles, camions. Toute la logistique des déplacements de personnes et des biens est concernée par cette révolution qui implique aussi une transformation des comportements et des visions. Comme l’explique Ahmed Baroudi, directeur de la SIE (Société d'investissements énergétiques), « Le besoin le plus frappant, en Afrique notamment, c’est de créer un environnement de partage d’expériences pour aider chaque pays à faire les bons choix stratégiques. » Dans cette ébullition, ce sont aussi de nouveaux écosystèmes et business models qui apparaissent. La Ministre marocaine chargée de l'Environnement et Championne pour l'action climatique, Hakima El Haité, a exprimé son optimisme pour l'avenir : « Le transport peut être révolutionnaire demain. Nous aurons des routes et peut-être des véhicules solaires. » La récente prise de position de l’aviation civile va également dans le même sens. Jane Hupe, directrice chargée de l'environnement à l'Organisation de l'aviation civile internationale, envisage « Un objectif de neutralité du carbone à l’horizon 2020. Déjà 5000 vols commerciaux utiliseront des combustibles alternatifs cette année. Et à partir de 2026 ces carburants deviendront la norme. » Dans le même esprit, le Processus de Paris sur la mobilité et le climat (PPMC) a proposé 20 actions gagnantes rapides pour un changement d’échelle d’ici 2020, en phase avec la feuille de route mondiale. A la fois opérationnelles et réglementaires. Car, comme l’a rappelé Ahmed Baroudi, il faut un cadre réglementaire public stable pour construire cette nouvelle donne. A Marrakech, dès 2017, la production de bus électriques pourra débuter.

Le Journal de l'action sur le terrain.

Secteur par secteur, les initiatives à suivre.

Énergie

  • L'Alliance des acheteurs d'énergie renouvelable (REBA), se propose de faire le lien entre la demande d’électricité des entreprises et l’approvisionnement en énergie renouvelables.
  • SIDS Lighthouses. Les Phares des Petits états insulaires en développement (Small Island Developing States) est une initiative lancée en 2015 à Paris qui a pour but de soutenir les îles dans la transformation de leurs systèmes énergétiques. Elle a d'ores et déjà dégagé 50 millions de dollars pour les projets d’énergies renouvelables dans les Caraïbes.
  •  One for All : Campagne mondiale prévue pour le premier trimestre de l’année 2017, son objectif principal est de mobiliser de nouvelles formes de capital et de nouveaux investisseurs pour mettre fin à la pauvreté énergétique avant 2030.

Océans

  • African Package for Climate-Resilient Ocean Economies. Annoncée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), cette initiative vise à accentuer la résilience des océans et des zones côtières face aux changements climatiques en mobilisant 3.5 milliards de dollars et à mettre en œuvre des programmes liés à l’adaptation et à l’atténuation de 2017 à 2020.
  • Ceinture Bleue. Annoncée par le Royaume du Maroc et appuyée sur l’initiative Croissance Bleue lancée lors de la COP21 à Paris, l'opération vise à construire la résilience des communautés côtières et à promouvoir une pêche et une aquaculture durables.Elle bénéficie d'un plan d’investissement de 60 millions de dollars sur la période 2017-2020.

Transports

  • Global Fuel Economy. 40 pays supplémentaires ont rejoint cette initiative qui vise à accroître l’efficacité des carburants automobiles, réduisant ainsi les émanations de CO2.
  • Airport Carbon Accreditation. 173 aéroports déjà certifiés par ce label qui vise à optimiser leur empreinte dont 26 aéroports déjà neutres en carbone.
  • MobiliseYourCity, 37 millions de dollars ont été levés au cours des douze derniers mois afin de mettre en place des plans de mobilité urbaine durable au Maroc et au Cameroun. 

Journal de l'action. Rédaction en chef : Anne Tézenas du Montcel. Compte-rendus conférences réalisés par  : avec Responsable édition : Meryem Chami Khazraji. Contact : journaldelaction@gmail.com.

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