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Crédit photo: UNFCCC

Les championnes du Climat, Hakima El Haïté et Laurence Tubiana, ont dévoilé à Marrakech face à la presse, ce mardi 8 novembre, leur feuille de route durant la COP22. Au programme, une vingtaine de conférences thématiques pour faire le point des avancées depuis l’Accord de Paris dans 8 secteurs vitaux comme l’eau, l’énergie ou les forêts. Un brainstorming géant avant de conclure, le 17 novembre, par le premier Evénement de Haut niveau inscrit dans l’Accord de Paris et consacré au bilan annuel des Championnes et à la façon de pérenniser leur action dans le cadre des négociations climatiques.

Un Agenda de l’Action « sans complaisance ». C’est le terme qui est revenu dans la bouche des deux championnes du Climat qui ont dévoilé à la presse le contenu de leur programme pour la COP22. Pas de complaisance, parce que, même si l’Agenda de l’Action désormais baptisé « Action Climatique Globale » affichera à la COP22 de réelles avancées, l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 2°C d’ici à la fin du siècle est loin d’être acquis. Pour y parvenir, affirment les championnes, il n’y a qu’une voie possible : la coordination intelligente entre l’action des Etats et celle des entreprises, villes, ONG et citoyens. D’où les 8 conférences thématiques qu’elles proposent aux délégués représentants des Etats pour fédérer ces forces et pointer les obstacles à franchir dans les domaines-clés suivants : les forêts, l’eau, les villes, la construction durable, les transports, les océans, l’agriculture, l’énergie.

Le mot des championnes

Hakima el Haité, Ministre déléguée chargée de l’Environnement du Maroc : « C'est la première fois que nous bâtissons un véritable partenariat entre les acteurs non étatiques et les acteurs étatiques, C'est un début extraordinaire. »

Forêts : l’évidence de l’approche holistique. C’est par les forêts que les Championnes ont décidé d’inaugurer, le 8 novembre, leur brainstorming collectif. Car elles sont en amont de toute chose. On le sait, les forêts représentent un puits de carbone important dans l’équation du changement climatique mais pas seulement. Le rôle des arbres est ainsi fondamental dans le cycle de l’eau, parfois même sur de grandes distances. Comme l’a souligné Abdoulaye Baldé, ministre de l’Environnement et du Développement durable du Sénégal, « des recherches scientifiques ont récemment montré que la forêt amazonienne avait un impact sur l’agriculture en Argentine ». Les forêts sont aussi l'habitat de nombreux peuples autochtones. Certains représentants sont intervenus pour demander d’être associés plus encore aux initiatives en cours.

Les forêts sont enfin la matrice d’industries qui vont devoir mieux cohabiter avec elles. En témoigne ce chiffre évoqué par Franck Fass-Metz, directeur du département politique climatique et finance climat du ministère fédéral allemand pour la coopération et le Développement : « Chaque année, 180 milliards de dollars par an sont investis dans l’achat de matières premières issues du bois. La bonne nouvelle, c’est que le secteur privé est en train de changer sa façon de produire avec une chaîne de distribution beaucoup plus durable. »Bonne nouvelle en effet, car l’autre certitude partagée autour de la table, c’est qu’il faut changer d’outils pour les appréhender, comme l’a dit Abderrahim Houmy, Secrétaire Général du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification du Maroc, dont les mots ont pesé solennellement dans la salle : « Il faut une nouvelle approche pour gérer la complexité. Nous sommes entrés dans une forme de gestion chaotique. Il n’y a plus de phénomène accessoire, il n’y a plus de valeurs exceptionnelles aberrantes, elles doivent être intégrées dans les modèles d’évaluation pour les actualiser en permanence. »

Un rôle de protection plus que de production. « Aujourd’hui, le réchauffement climatique se traduit par un changement complet des repères. Nous sommes face à des événements extrêmes dans lesquels les moyennes ne veulent plus rien dire. On peut commencer l’année avec des inondations et les terminer avec des sécheresses », explique encore Abderrahim Houmy. Les conséquences ? Feux de forêts, envasement des barrages, minoration des ressources hydriques disponibles et… une influence directe sur la sécurité alimentaire.

Comme l’a expliqué René Castro Salazar, Directeur général du département forêt de la FAO, si on ne s’attaque pas à la question du management durable des forêts, celle du changement climatique ne sera pas résolue. C’est la première leçon de ces rencontres : nous devons nous souvenir que la forêt nous protège. Et à ce titre, il faut l’aborder non pas « comme un ensemble d’espaces boisés, mais plutôt comme un écosystème complexe et multifonctionnel. Un écosystème n’est pas une somme mais une interaction permanente ». Tout part de là. Protéger la forêt suppose d’entrer dans la gestion de la complexité. 

Indispensables synergies. Qui dit gestion de la complexité dit partenariats et synergies. Une dynamique largement en marche. A l’échelle par exemple du continent africain, comme l’a évoqué le spécialiste de sylviculture tropicale, Markku Kanninen, du CIFOR (Center for International Forestry Research) : « Les pays membres de l’Union Africaine ont travaillé conjointement sur le secteur forestier en tant qu’écosystème. Une grande initiative a été mise en place au Sahel et dans le Sahara. »En Colombie, explique Ivan Dario Valencia, coordinateur de la stratégie bas carbone de son pays, « dans le cadre des programmes Amazone 1 et Redd+ (Reducing emissions from déforestation and forest degradation), nous avons créé deux partenariats qui fonctionnent conjointement avec le Royaume-Uni et la Norvège. Il représente un investissement de 220 millions de dollars. Tous ces partenariats ont réveillé l’intérêt de différents acteurs. L’industrie comme l’extraction minière intègrent désormais des actions visant à réduire la déforestation. Cette situation a nécessité un long travail préalable : deux rapports sur la réduction de la déforestation en 2013 et 2014. Des accords ont été signés avec tous les acteurs, notamment les peuples autochtones. » Au cours des trois dernières années, la déforestation a été réduite de 50% par rapport à la moyenne enregistrée entre les années 1990 et 2010.

Même approche multipartite au Sri Lanka où un programme sur cinq ans reprend 30 mesures à mettre en œuvre pour éviter la dégradation de la forêt ou encore en République Démocratique du Congo dont le   coordinateur national Redd+, Victor Kapengele, témoigne : « Notre stratégie nationale a été approuvée en novembre 2012. Nous l’avons déclinée en un programme multisectoriel notamment avec le projet de restauration progressive du couvert forestier – objectif zéro déforestation en 2030. « Il faut impliquer toutes les parties prenantes », a insisté Cristina Garcia, Ministre de l’environnement de l’Equateur. Dans son pays, depuis quatre ans, la société civile a été fortement associée : « Il y a eu un processus long sur l’identification des causes de la déforestation. Puis nous avons organisé plus de 60 ateliers pour savoir comment appliquer ces mesures de protection. Nous avons défini un Plan d’action Redd+ centré sur la conservation du carbone. Plus de 14 peuples autochtones sont concernés. Notre idée avec Redd+, c’est de diversifier l’économie rurale. » Autre initiative importante, en Indonésie qui annoncé un moratoire sur l’utilisation des tourbières encore intactes. Le pays a créé son agence de protection de la tourbe. Objectif : récupérer en cinq ans 2,4 millions d’hectares de tourbières endommagées dans les îles de l’archipel, notamment à Sumatra et en Papouasie-Nouvelle Guinée. Ce programme qui passe par la ré-humidification de la terre, sa revégétalisation puis sa revitalisation a associé les populations de plus de 3000 villages.

Des initiatives épaulées par la New Tech. « Grâce à la technologie, Nous avons les moyens de suivre et évaluer mieux l’évolution des forêts », constate Josefina Brana-Varela, directrice du département forêts et climat au WWF. René Castro Salazar, directeur général du département Forêts de la FAO, a ainsi exposé le partenariat de la FAO avec Google qui permet de repérer, à l’arbre près, les évolutions des zones boisées. Voire même d’avoir un historique sur vingt ans de l’état de la forêt. Ce système a été mis en place notamment en Australie, au Kazakhstan et en Mongolieet au Costa Rica, son pays. « C’était très riche de réunir une expertise de forestiers et des acteurs privés qui pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient, tandis que nous, entité internationale, sommes tenus par notre mandat. Nous avons profité des avantages de chacun. Cela n’a pas été simple. Mais les résultats sont là et tous les pays du monde peuvent avoir gratuitement des licences de ce partenariat.Grâce à la télédétection, nous avons économisé des centaines de millions de dollars. Le système permet d'anticiper les événements climatiques et de les combattre avant qu'ils ne deviennent dévastateurs. Il est une aide sur le terrain. »

Les technologies de l’information permettent aussi d’associer les communautés notamment sur des cartographies participatives. En Indonésie, 11 universités sont mobilisées pour permettre d’identifier un départ de feu sur un point éloigné des communautés et éviter des drames. Idem avec le système CSO qui permet de renforcer les capacités des communautés avec des cartographies participatives.  

La prise de conscience des entreprises. C’est l’autre progrès notable. Pour Josefina Brana-Varela, directrice du département forêts et climat au WWF, le secteur privé s’inquiète lui aussi de la durabilité des forêts. Elles doivent apprendre à veiller à la compatibilité entre la vocation des sols et l’usage qu’elles en font. « Sur les 600 entreprises qui produisent de l’huile de palme pour des denrées alimentaires et en cela responsables de la déforestation, 450 ont déjà adopté des engagements sur la durabilité. C’est très encourageant ». Pour Melissa Miners, directrice du Développement durable du groupe Unilever, l'objectif c'est émission zéro en 2020. « Pour une entreprise comme la nôtre, ne pas suivre cette tendance irait à l’encontre de nos intérêts. Les coûts du réchauffement climatique représentent 300 millions de dollars par an. Il ne s’agit pas seulement d’une obligation morale mais aussi de notre chiffre d'affaires. Sur l’huile de palme, nous devons créer des alliances stratégiques. Et aussi une ne nouvelle façon de travailler : Nous allons désormais privilégier les Etats dotés d'une législation allant dans ce sens. Nous vérifions ce qui se passe sur le terrain. C’est une approche nouvelle qui change nos politiques d’approvisionnement. »

Le mot de la fin prononcé dans la salle :

« Nous ne pouvons pas survivre sans les forêts. Les forêts, elles, peuvent survivre sans les êtres humains »

Principales leçons du dialogue :

  • La déforestation concerne tous les secteurs d’activité directement et indirectement.
  • L’échange des expériences et la coopération sont importants entre les pays.
  • Les grandes entreprises sont considérablement impliquées dans la déforestation.
  • Il faut générer plus de bénéfices pour les communautés locales pour accélérer la gestion des forêts. Plusieurs preuves ont démontré que les clés du succès de la lutte contre la déforestation passent par les communautés locales et autochtones et qu’il faut les protéger davantage. La gestion de la dynamique des écosystèmes et des autochtones doit se faire en symbiose avec la recherche de solutions par rapport à l’usage.

Le mot des championnes 

Laurence Tubiana, Ambassadrice de France en charge des négociations climatiques « Nous sommes engagés dans une course de vitesse. Et pour réussir, il va falloir jouer cette séquence ensemble. Personne ne peut réussir seul, ni les Etats, ni les entreprises, ni les territoires ».

Le Journal de l'action sur le terrain.

Secteur par secteur, les initiatives à suivre.

Forêts

  • Collect Earth -Une récente évaluation des terres arides à l’aide de l’outil Collect Earth a révélé l'existence de 1,11 milliards d'hectares de forêts, soit 27% de la couverture forestière mondiale, et de 13,5 milliards d'arbres en dehors des forêts, dans les zones arides du monde. Jusqu'à présent, plus de 700 experts nationaux ont été formés à l’utilisation de Collect Earth dans plus de 30 pays, ce qui appuiera ces derniers à contribuer à la mise en œuvre de l'Accord de Paris.
  • L’initiative africaine sur l’huile de palme - Le partenariat public-privé de l'Alliance des forêts tropicales 2020 a annoncé, une nouvelle déclaration régionale de principes traçant une voie pour le développement responsable de ce produit dans l'une des régions productrices à plus forte croissance. Grâce à cette initiative, les gouvernements africains se sont engagés au plus haut niveau à apprendre des expériences passées du secteur en Asie, et à éviter le grave déboisement causé par le secteur de l'huile de palme.
  • L’initiative pour les forêts d'Afrique centrale - Elle comprend six pays d'Afrique centrale couverts de forêts (Cameroun, République centrafricaine, Congo, RDC, Guinée équatoriale et Gabon) et a franchi une étape importante depuis la COP21 sur la route de la mise en œuvre des cadres de développement durable dans la région par le biais de la signature d'une lettre d'intention de 200 millions de dollars en appui au mécanisme REDD + et à des investissements de développement responsables et inclusifs.

Pour en savoir plus : http://newsroom.unfccc.int/climate-action/

Journal de l'action. Rédaction en chef  : Anne Tézenas du Montcel. Assistantes de rédaction : Zineb Berrissoul, Sara Abounouass et Ikhlass Lam. Responsable édition : Meryem Chami khazraji.

Contact : journaldelaction@gmail.com

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